AMENAGEMENT ET CONTREVERSE AUTOUR DE L’ANCIEN CIMETIERE
 

Ainsi qu’il est aisé de la constater sur le plan de Villeneuve, le terrain affecté au cimetière comprenait toute la place Jeanne d’Arc et venait aboutir à l’entrée de la place de l’église.

Entre la chapelle de Saint-Sépulcre et la maison BORIES, se trouvait la principale porte d’entrée, avec un passage en dessus utilisé par l’abbé pour se rendre du monastère à son domicile personnel.

Une autre porte, murée actuellement, se trouvait en face la chapelle de Notre Dame de Pitié.

Enfin, une troisième porte qui donnait accès directement dans le cloître.

Ce champ de repos servit de sépulture pendant plus de 800 ans. Hélas ! il était temps d’en acquérir un autre. Les corps s’entassaient les uns sur les autres. Il fallait bien songer à dégager le centre de la cité pour rendre l’accès de l’église et de la ville plus facile. Des raisons de convenance et d’utilité pouvaient donc légitimement être invoquées.

Le 12 juillet 1885, la municipalité prit une décision sage et attendue lorsqu’elle transporta le cimetière tout près de Notre-Dame de Joie.

Mais, immédiatement, d’autres problèmes se posèrent à l’attention des curés et de la population.

La conversion de l’ancien cimetière en place publique, décidée par la municipalité, amena le Conseil de Fabrique, sur l’instigation de M. l’abbé VIGROUX, à réclamer des pouvoirs publics l’aménagement d’un chemin de ronde, autour de l’église, conforme aux lois et règlements. Or, d’après la loi, ce chemin dit " processionnel " devrait mesurer 4 mètres de largeur, autour de l’église et cela pour les besoin du culte. Cette proposition ne rencontra pas d’opposition du coté de la municipalité. M. le curé avait quelques raisons de veiller jalousement à la tranquillité du Culte si on en juge par la démarche qu’il fît le 1er juillet 1888, auprès de M. le Maire pour lui demander de faire cesser le bruit tumultueux que provoquaient des instruments de musique, dans un café tout proche du chevet, pendant les offices dominicaux, alléguant que ces abus étaient une insulte à la pratique et à la croyance religieuse de l’immense majorité de la population.

Une autre difficulté allait surgir toujours au sujet de l’ancien cimetière.

On avait constaté, depuis plusieurs mois, que le pavé dans les chapelles était humide et les tableaux tachés de moisissures. Il fallait, selon toute vraisemblance, attribuer cet état de chose au fait que le niveau actuel de l’ancien cimetière était plus élevé que celui de l’église. Il y avait autrefois un fossé d’assainissement, mais par suite des travaux d’exhumation faits en 1886, les fossés étaient entièrement comblés.

L’intérieur des contreforts étaient encombrés d’immondices et de débris de toute sorte. Une démarche paraissait donc nécessaire auprès du Conseil municipal pour qu’il fasse creuser le fossé et construire un mur surmonté d’une grille.

Le Conseil municipal en 1893, autorisa avec " empressement et reconnaissance " le Conseil de Fabrique à faire établir autour de l’église une clôture qui du côté  nord et au levant relierait l’une à l’autre les diverses chapelles ainsi que les contreforts, mais ne put prendre ces travaux à sa charge.

Au midi, ce mur partirait de l’angle de la sacristie, irait en ligne droite le long de cette façade de l’église et ferait un coude près de la maison DARDES, afin de laisser, pour le service de la porte de cette maison l‘espace requis par la loi.

Pour financer ce projet, le Conseil de Fabrique décidait de disposer du surplus disponible des legs de Demoiselle SOULAGES (8.000 francs).

M. FAGES, architecte à Villefranche avait prévu les travaux suivants : creuser autour de l’église un fossé de 1 mètre de profondeur sur 0m70 de largeur, soutenu par un mur en contre-haut du sol à la hauteur d’appui, couronné d’un bahut en pierre taillée sur lequel serait placée une grille. L’entrepreneur était le sieur AYMARD. In ne restait plus qu’a obtenir l’autorisation de M. le Préfet. Elle fut accordée.

Et voici que le 14 novembre 1893, M ; le Maire de Villeneuve recevait de M . le Sous-Préfet de Villefranche, le lettre suivante :

" D’après les renseignements recueillis, il semblerait résulter que le plan qui a été approuvé ne serait pas la reproduction exacte du Cadastre ni de la situation des lieux, et, en le suivant , la Fabrique engloberait des parties du terrain dépendant de la voie publique et supprimerait des accès qu’auraient sur cette voie, des propriétés voisines… En conséquence les travaux doivent être suspendus… "

Et M. le Sous-Préfet exigeait un projet modificatif. Que s’était-il exactement passé ? Il faut admettre que le plan dressé par M. FAGES contenait deux erreurs. Cet architecte n’avait pas, en effet, consulté le Cadastre mais s’était inspiré uniquement d’un croquis fait par M. GAUCHY, agent-voyer et qui datait de 15 ans.

L’architecte avait prévu aux deux angles de la sacristie deux contreforts qui, de fait, ne furent jamais bâtis.

La deuxième erreur relevée sur le plan : le mur de clôture sur la façade de l’église sud allait en droite ligne jusqu'à l’écurie du sieur DARDES, de telle sorte que l’entrée de ce bâtiment se trouvait très exiguë. Cependant, cette erreur pouvait pêtre corrigée par le Sous-Préfet puisque la délibération du Conseil municipal, jointe au plan stipulait que " le mur ferait un coude près de la maison DARDES afin de laisser l’espace requis par la loi , pour le service de la porte de cette maison ".

Pendant ce temps, M. VIGROUX avait jugé nécessaire d’informer de ce litige Son Eminence Mgr l’Evêque de Rodez.

M. l’abbé RICARD, vicaire général, fit savoir : A) qu’il fallait maintenir le chemin de ronde ; B) mais que pour le maintien de la paix il conseillait de laisser un espace, non de 2m05 mais de 3 mètres et même 5 mètre devant la porte d’entrée du sieur DARDES.

Le Conseil de Fabrique se réunit pour délibérer et après plusieurs considérants relatifs aux divers arrêtés du Préfet et aux décisions du Conseil municipal et après avoir affirmé a) que le plan avait été dressé par M. FAGES en toute bonne foi, b) que le plan et la délibération du Conseil municipal se complétaient parfaitement, c) que la suspension des travaux causait de sérieux dommages et pouvait entraîner des procès, d) que la construction des travaux ne lèse personne, ni la libre circulation les jours de foire et de marché :

Décide, pour répondre à l’appel de l’autorité Diocésaine et maintenir la paix : A) de modifier la construction du mur devant la maison DARDES, selon les indications mentionnées ci-dessus ; B) mais de maintenir tous les autres points accordés par l’arrêté préfectoral.

En attendant, M. le Préfet ayant ordonné une enquête de Commodo et Incommodo, 262 personnes furent entendues :

-10 hommes et 1 femme protestèrent contre tous ces travaux,

-1 homme déclara que tout lui était indifférent,

-250 se prononcèrent pour la continuation des travaux.

Le commissaire enquêteur, dit-on, faussa les déclarations et émit un avis défavorable, prétextant surtout que les 250 personnes étaient étrangères à la paroisse, alors, qu‘en fait 197 étaient de Villeneuve et le 53 autres appartenaient soit à la paroisse de Septfonds, soit à celle du Rey, donc étaient des électeurs de la commune.

Le Conseil municipal appuya fortement le décision du Conseil de Fabrique. Mais le 31 janvier 1894 , M. le Sous-Préfet de Villefranche fit savoir à M. le Maire de Villeneuve qu’il y avait lieu de détruire une partie importante des travaux effectués, pour se conformer au résultat de l’enquête dirigée par M. le commissaire enquêteur.

M. VIGROUX alerta immédiatement l’Autorité Diocésaine qui tenta une démarche personnelle auprès du Préfet. M. le Préfet revint sur sa première décision et approuva celle notifiée par le Sous-Préfet de Villefranche.

Le Conseil de Fabrique n’avait plus qu’a se soumettre et à se conformer aux dernières instructions préfectorales. Il fallu donc démolir et reconstruire. La muraille actuelle date par conséquent de cette époque

 
Extrait de Villeneuve la Crémade. Cité du moyen age, par l'abbé CANCE, curé doyen de Villeneuve.
Pages 56 à 59 Imprimé à Aurillac 16 juillet 1954 par imprimerie Poirier-Bottreau