LES RITES DE LA CONSTRUCTION A VILLENEUVE
 

 

On construit les habitations sur un plan arrêté. Les travaux ont lieu à prix fait ou à la journée, les parties sont quelques fois, mais rarement, liées par des sous-seings privés. Généralement les ouvriers sont nourris par les propriétaires, ils sont payés en argent, jamais en nature . C’est le contraire qui avait lieu avant le XIVe siècle, l’ouvrier était souvent payé en partie en nature. (Construction d’une maisons au village d’Albenque paroisse de Villeneuve ; acte passé le 10 novembre 1647. Cette maison devait avoir 3 cannes de long, 18 pans de large et 14 pans de haut à raison de 18 sous par canne, 40 sous par porte, 20 sous par fenêtre bastarde, plus 6 quartes de froment, 1 quarte de fèves et le vin nécessaire et les légumes qui seront pris au jardin). Au siècle dernier on payait 6 livres par canne carrée pour la construction d’une grange. Aujourd’hui on paie l’ouvrier maçon à raison de 8 francs par cannes carrés de maçonnerie, et 6 francs par canne pour la construction des murs des granges. Les matériaux sont sur les lieux, excepté le sable qu’on fait venir de Villefranche ou de Capdenac. Souvent on emploi  que l’argile pour les constructions peu importantes. Le rôle des ouvriers n’est pas bien défini, ils sont terrassiers, maçons tailleurs de pierres, couvreurs, etc. Les charpentiers sont à la fois charpentiers et menuisiers ; les plâtriers remplissent le rôle de peintres. On creuse d’abord les fondations puis on pose la première pierre dans un angle. (Les femmes prêtes à être mères sont invitées à poser la première pierre). Il est d’habitude de payer à boire aux ouvriers qui sont sur le chantier lorsqu’on pose la première pierre. On paie encore un litre de vin toutes les fois que les maçons placent un parpaing qu’on appelle « travesaïro » parce qu’il assure, dit-on, la solidité de l’édifice, on paie à boire aussi quand on place les poutres du premier étage. Les ouvertures sont entourées de pierre de taille. La levée de la charpente ne donne pas lieu , autant que je sache, à une fête : on place seulement au sommet du premier chevron élevé , tantôt un drapeau, tantôt une branche verte enrubannée qu’on appelle « lou mouscal » ; c’est un signe de fête et de réjouissance. (Il s’agit d’un rameau de genévrier (qui est aussi la seule enseigne des auberges). Il est de plus en plus remplacé par un drapeau). Quand les divers travaux vont être terminés o, mange « lou mouscal ». Le propriétaire réuni un dimanche tous les ouvriers qui ont pris part à la construction de sa demeure et leur paie un bon repas ; on boit à la santé de la famille, à la prospérité de la maison ; on danse, on s’assure que tout est bien construit. Le patron choisi ce jour pour payer ses ouvriers. Quand tous les travaux sont finis, il faut planter la crémaillère. On invite alors les parents ; les amis dans la nouvelle demeure. Dans cette commune, on ne déroge jamais à ces deux habitudes, sous peine de passer pour ladre. Au sommet du toit on place une pierre pointue, une pierre taillée, une girouette, un vase en terre.

 Amulette pour se préserver de la foudre, des maléfice.

Pour se préserver de la foudre, les personnes superstitieuses recherchent une sorte de pierre noire qui ressemble à du basalte  et qui, croit-on, tombe du ciel en même temps que la foudre ; on la place dans la maison ; elles sert aussi à guérir certaines maladies. (On sait que les haches préhistoriques en pierre on été prises longtemps pour les « pierres de foudre ». Pline les décrit sous le nom de « céraunies ». Le préhistorien aveyronnais E. CARTAILLAC, en 1874, déclare que cette croyance est encore universelle en France (congrès archéologique d’Agen, p 178). Les bergers les conservaient dans un petit sachet pendu à leur cou, ou en faisait le battant des clochettes de leur bélier, ils y tenaient beaucoup car elle préservait leur troupeau des maladies (voir P. SAINTYVES, Corpus du folklore préhistorique, passim et VAN GEMEP, Manuel, I, 5eme, p 2434). Le laurier bénit le jour des rameaux préserve la maison de la foudre. (Dans ce but la ménagère en dépose un brin à la cuisine, le berger dans les bergeries, le bouvier à la grange.)

Quand il tonne, on allume un cierge bénit le jour de la chandeleur, on répand de l’eau bénite dans l’appartement, on allume le feu dans la cheminée.

Pour se préserver des maléfices, je ne connaît pas d’amulettes spéciales, mais on s’en préserve en donnant au sorcier ou à la sorcière des environs une miche de pain par journée. Cette habitude a pour but d’entretenir avec eux de bonnes relations plutôt que les empêcher de nuire.

 

  (Extrait de « l’art, la littérature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve » par JULIEN en 1900, pages 188 à 190 des « Enquêtes folkloriques en Rouergue » imp à Rodez en 1958 ou du T27 des MSLSAA)