LES COSTUMES A VILLENEUVE
 

  D’après les lois somptuaires, les noms des vêtements de femmes étaient à peu près les mêmes que de nos jours : la rauba, le capairo (chaperon), les boutons étaient en draps, le manteau avec cape et " fermalh " d’argent plat.

Elles pouvaient porter des tresses en soie et des couronnes avec " feuilles " d’or et d’argent sur la tête.

Avant notre siècle, les étoffes employées étaient surtout des draps faits dans le pays, connus sous le nom de rase, cadis, " telo-drap  ou dropino " ; la chaîne de cette dernière était en fil de chanvre et la trame en fil de laine, (CALMETTES insiste sur l’intérêt des souvenirs de vieillards nés sous le 1er empire . Ceux-ci trouvent que dans les campagnes s’est développé un luxe ruineux, surtout pour le vêtement).

Le costume des femmes du peuple état à peu près le même que celui des vieilles femmes de nos jours (fig 1), leur chapeau avant la révolution était pareil à celui dont parle A. MONTEIL, elles le mettaient sur la coiffe.

Celle-ci a toujours existé, il en est parlé dans plusieurs actes, on peut dire que c’est la coiffe spéciale à Villeneuve et à ses environs.

La plus ancienne est formée par une large bande de cotonnade de diverses couleurs, le plus souvent d’un violet clair, semé de petits points noirs et blancs qui s’applique sur le haut de la tête et sur les cotés, sans aucun ornement, ni ruches (bande plissée de dentelle, de tulle qui sert de garniture aux bonnets, collerettes…) sur le devant ; elle est bouffante sur le haut, les cotés et le derrière de la tête ; elle couvre les oreilles à l’exception de la partie inférieure qui ressort pour montrer les pendants d’oreille.  Les cheveux ressortent un peu sur le front et au-dessus de l’oreille et rentrent aussitôt comme si la femme avait honte de montrer sa chevelure. Serait-ce un signe de pénitence ou de deuil que les femmes de Villeneuve se seraient imposées en tant de calamité publique ? (La coiffe, partout ou elle fut portée, était destinée à abriter les cheveux et les recouvrait entièrement. Plusieurs coiffes anciennes sont conservées au musée des Amis de Villefranche. La couleur violette et les motifs de pois ne peuvent guère remonter, nous semble-t-il, au delà des années 1830).

La plus commune est représentée par la fig 2, on trouve aussi les formes indiquées par les dessins 3 et 4 qui ne sont que des modifications de la première.

Toutes sont maintenues à l’aide d’un coulisse blanche ou noire qui s’enroule sur la partie plate et se termine sous les cheveux, (M. l’abbé CANCE d écrit cette coiffure (Villeneuve " la Crémade " page 325) et en donne la photographie d’après une carte postale. On l’aurait appelée la " togne ", nom qui manque à nos enquêtes.)

Il y a 30 ans les femmes et les jeunes filles n’avaient pas d’autre coiffure, aujourd’hui le chapeau remplace la coiffe, (Calmettes nous décrit " une sorte de lourde capote, garnie sur ses bords de dentelle de Flandre appelée flondrino. Les jeunes femmes (donos joubos) ajoutaient des oreillards (bouquets de rubans). Le dessus de cette coiffure était uni, sans ornement, mais souvent en satin broché d’un grand prix. De nos jours, certaines de ces coiffures coûtent de 15 à 25 Frs. Elles sont surtout portées par les fortes femmes, les belles fermières aux larges épaules. Cette coiffure paraît fort singulière aux étrangers. Elle donne en effet une originalité, une grâce, une force toute particulière à la femme. Cette coiffure est locale ; ailleurs on la trouve mais modifiée. (La forme capote, comme nous l’avons indiqué dans notre étude, paraît avoir été préférée chez nous à la forme cabriolet auvergnate ou bourbonnaise (chapeau à deux bonjours).

Les femmes et la bourgeoisie portaient leur coiffe blanche ou en couleurs, elles les avaient garnies de ruchés sur le devant et de deux rubans sur la nuque, deux brides assez larges les fixaient sous le menton.

En été ou pendant les jours de pluie, les femmes du peuple portent un grand chapeau en paille fait de leur propres mains qui les garantit des ardeurs du soleil ou de la pluie. Les ailes sont maintenues par un ruban noir.

La robe était en étoffe grossière, c’était la même été et hiver. Le corsage tenait presque toujours avec la jupe, il avait des manches très courtes ne dépassant pas le coude, la manche de la chemise dépassait en dessous pour couvrir l’avant bras et se terminait par une ruche.

La jupe était relevée tout autour par un grand pli qu’on appelait " lou lebet " ", (ce pli mesurait environ 10 centimètres et se faisait à 15 ou 25 centimètres du bord inférieur (Calmettes). Le décor des robes avec des bandes de velours cousues à l’horizontale paraît n’avoir jamais été pratiqué en Rouergue. Quand le fond était usé, on le raccourcissait et on lâchait le pli.

Plusieurs personnes se rappellent avoir vu porter à des femmes âgées le corsage taillé à la mode d’Auvergne,(Fig. 5). La partie décolletée était couverte part le petit châle habituel appelé " lou moucodou  ou lo corbato ", tantôt on le faisait entrer dans le corsage sur la poitrine et dans le dos, tantôt on le laissait flottant. (Il était noir ou colorié. On le croisait sur la poitrine ou on le nouait autour des reins).

Ce petit châle n’est porté aujourd’hui que par des vieilles femmes ; les autres portent le caraco dit " cosobé ", d’autres ont des corsages, des jaquettes , etc.

La chemise était en grosse toile de chanvre avec col du même tissu qui se rabattait sur le haut des autres habits. (Les manches un peu courtes se terminaient en rond et portaient jamais de bouton).

Au-dessus de tous les vêtements, les gens de ce pays portaient une grosse blouse de toile assez longue appelée " lou comias ", c’est un vêtement fort ancien qui n’est presque plus en usage (Fig. 6). (Ces blouses avaient l’avantage de pouvoir se porter devant en arrière et de droit à l’envers, par le seul fait qu’il n’y avait ni bouton ni fente au cou et aux poignets.

Quand les moyens le permettaient, le paysan portait une blouse en drap, souvent même en velours. Je me suis laissé maintes fois répéter qu’une de ces blouse en velours était portée 20 ans, 30 ans même (Calmettes).Elle a été remplacée par les blouses soutachées en cotonnade à petits carreaux bleus et blancs, les blouses blanches et enfin per les blouses bleues sans ornements.

Les chausses appelées " caoussos " n’allaient que jusqu’au dessous du genou. Sur le devant, elles se boutonnaient sur l’aine, la partie qu’on boutonnait s’appelait " poun lebis " (pont-levis). Sur le milieu on plaçait le bouton maître dit " cari ". (C’était souvent une énorme jumelle de cuivre, ciselée. Les poches se trouvaient intérieurement à, droite et à gauche du pont-levis. On voit encore les vieux porter ce genre de pantalon, qui disparaît de jour en jour, les tailleurs actuels ne sachant pas les confectionner (Calmettes)). Cette manière de fermer les chausses sur le devant s’appelait " caousos en porclaou ". Les jambes étaient couvertes par des guêtres dites " goromachos " ou des demi-guêtres, appelées " goromotchous " ; elles tenaient sur le coté des mollets avec des boutons et au-dessous à l’aide d’un sous-pied.

Le peuple portait presque toute l’année des chausses de laine, quelques-uns cependant en été en portaient en toile de chanvre.

Les jours de fête, on portait une sorte de veste dite carmagnole à col droit, à grands revers, à pans coupés, c’était notre habit de cérémonie en petit (Fig 7). Elle était en bure, d’un gris bleuâtre ou d’un rouge brique. Un grand col de veste, droit, soutenait un col de chemise également droit, ample, très blanc (en shirting). Ce col, retroussé à 1 cm du bord supérieur, était fixé au devant par des cordes de coton nouées. Quand une cravate était portées, elle consistait en un grand foulard noir et assez grossier.

Un gilet avec manches, généralement en bure, serrait le corps et portait une ou plusieurs rangées de boutons en cuivre d’une grande solidité. (Calmettes).

Aujourd’hui on porte des blouses, des vestons plus ou moins bien faits. (Selon le livre de paroisse (abbé Cance Villeneuve, p 323), la blouse serait apparue en 1820, et le curé, M. Cayron, s’opposa avec vigueur à l’entrée dans l’église des hommes ainsi vêtus. Il fit même appel à l’autorité du sous-préfet de Villefranche, qui lui conseilla de se montrer compréhensif. Sans nul doute, la blouse, inspirée du camias de travail ; lui paraissait manquer de dignité.

Calmettes met bien au point l’évolution finale ; "  l’usage de la blouse a peu à peu prévalu, la carmagnole a complètement disparu. Il s’en trouve encore quelques échantillons dans les anciennes maisons ou les guenilles sont conservées, mais ce genre n’est plus porté ; le court veston en drap l’a remplacé (il n’est porté qu’ la première communion des enfants et le jour de Pâques).

Encore quelques années, et on ne trouvera plus la veste chez les paysans. Cette disparition s’explique de la sorte : 1° la veste, pour quiconque n’a pas l’habitude de la porter, est gênante, surtout lorsqu’elle est confectionnée comme elle l’est d’ordinaire dans nos campagnes. 2° pour porter la veste, il faut un gilet convenable ou un tricot d’un bon aloi. La blouse est moins chère, plus légère, et couvre maints haillons. Actuellement la blouse est noire et de longueur moyenne. Vers 1875-80, elle se portait à carreaux. Auparavant les jeunes gens de 15 à 30 ans avaient une blouse blanche, qui leur donnait une allure gaie. La blouse ancienne était fort courte et n’arrivait guère qu’a la ceinture ". Il conclu : " le dimanche un foulard aux couleurs voyantes n’est point oublié. Un chapeau à large bords termine le costume de nos paysans actuels. Leur tenue calquée sur celle de la ville, est coûteuse et gêne nombre de familles ". Que la blouse noire ait été inspirée par l’horrible redingote 1900, c’est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus par l’étude du costume aveyronnais. Calmettes oppose aussi fortement comme nous l’avons fait le costume des années 1860-70 et celui des années 1900 : " il y a trente ans environ, la jeune femme était peut-être plus coquette qu’aujourd’hui. Un caraco en beau drap était richement orné de dentelles. Un faux-col de chemise était porté. Les bijoux étaient nombreux, 4, 5, 6 larges bagues bien travaillées ornaient les mains. Plusieurs tours de chaîne en or tombaient sur la poitrine parmi les dessins aux couleurs voyantes d’une cravate finissant en cœur su l’échine et retenue sur la poitrine par une grande broche en or. Des boucles d’oreille longues parfois de 5 à 8 cms n’étaient pas rares. En un mot, la bourgeoise de nos campagne possédait de 6 à 1800 frs de bijoux. Qu’on ajoute à cela des robes de toutes nuances, des tabliers courts arrondis et brochés… Actuellement, la paysanne imite la citadine ou du moins la singe. Un chapeau fleuri est confectionné à la ville, les corsages sont pincés, le corset à baleines se répand de plus en plus, les tailles fines sont nombreuses. De belles bottines ou de petits souliers à la Ninon étouffent un pied trop grand pour ces chaussure ".

Il conclu en marquant le baisse de prospérité du pays, ou les réserves d’argent ont à peu prés disparues, et incrimine " les fausses dépenses, les jours de chômage, le luxe dans les habits, l’ambition toujours croissante d’arrondir le patrimoine par des emprunts aux taux écrasants ".).

Pour se garantir du froid ou du mauvais temps, on portait de longs manteaux de drap de cadis, de rase, de " telo-drap " faits comme les limousines de nos jours appelés " sailles ou saynes ", avec un capuchon appelé " capo " et une sorte de pèlerine appelée " recapo ".

La limousine a remplacé au commencement du XIXe siècle le vieux manteau.

On ne portait que des souliers bas ; les bourgeois et les nobles portaient des bottes, des escarpins avec des boucles.

Les boutons des habits étaient en bois recouvert de drap.

(Extrait de " L'art, la littérature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve " de Julien en 1900, pages 107-109,110-113 des enquêtes folkloriques en Rouergue, imprimé à rodez en 1958 ou du tome 27 des MSLSAA)