LES CROYANCES RELIGIEUSES A VILLENEUVE

Dans la commune de Villeneuve, il y eut jusqu'à ces dernières années, principalement dans la paroisse de Septfonds, un grand nombre d'individus appartenant à la Petite Eglise, c'est à dire à la secte qui n'admettait pas le concordat.

Les membres de cette église célébraient les anciennes fêtes comme avant la Révolution, ils n'admettaient pas les nouvelles. Leurs prêtres dans leur pays était Plombat, ancien curé de Salvagnac St Loup, réfractaire sous la Révolution. Après son décès, ils se rallièrent aux dissidents de Villecomtal, mais surtout à ceux de Montauban. Une foule de personnes se rappelle les avoir vus partir pour aller se confesser au prêtre particulier à notre région établi dans cette ville. Ils célébraient, vers la fin, eux-mêmes leur culte dans une maison particulière.

Quelqu'un aurait, paraît-il, encore le calice et les ornements avec lesquels ils pontifiaient. Les derniers ne se sont ralliés que depuis une vingtaine d'années environ, à la suite d'une retraite faite à Septfonds.

On a rétabli à Villeneuve une nombreuse confrérie de pénitents habillés en robe blanche et coiffés d'une sorte de cagoule ; cet habit pittoresque nous rappelle les murs d'un autre âge. Les longues enjambées de leurs longs bâtons de forme moyenâgeuse, leur démarche disgracieuse produisent sur nous un effet triste, et ridicule sur les étrangers.

En 1630, la paroisse fit le vu, pour faire cesser la peste, de sonner tous les jours la prière du soir, à 4 heures en hiver et à 5 en été. Cette habitude subsiste toujours.

On trouve dans le cartulaire le vu suivant :

" l'an 1579 et le 15 du mois de septembre ceulx de la prethendue religion réformée voleurent suspendre la presente ville de Villeneufve, environ sept heures du matin. Et de faict avaient gaigné le rebelin et presque la seguonde porte mais Dieu par sa grâce eust pitié de la ville et scitoyens d'icelle que ne voleist permettre tombassent entre leurs maings. Par quoy en action de grâce et reconoissance des dons de Dieu, Messieurs les Consuls qu'estaient pour le dit an Jean de Rouget, coseigneur de Fons, Johan Rocquier, dit Montagne, Anthoine de Jehan, marchans, et Estève Moly, firent vu et promesse à Dieu quechas cung an a perpetuité de dict jour quinzième septembre feriont dire une messe " de santo espiritu " en l'église dudit Villeufve. Et que tous les citoyens et parachiens de la dicte ville que seront pour jeuner jeusneront le même jour ". C'est ce jour là que tombe la fête votive de Villeneuve ; Il y aurait un intérêt historique réel de savoir si les protestants ne s'étaient pas emparés antérieurement à cette date de Villeneuve. Une chanson qu'on trouvera plus loin semble nous confirmer dans cette idée. (Effectivement Villeneuve fut prise en juillet 1562 par les capitaines Savinhac (Raymond de Gautier, seigneur de SAVINHAC, qui sera tué pas les catholiques le 1er décembre au moment de la reddition du château de Grave), Boissezon, Belfort, Bertholène (François d'HEBLES, seigneur de las Ribes, époux de Marie de Bertholène), " tenant la partie de ceux de la nouvelle religion, avec 800 à 1000 hommes. Ils pillèrent, saccagèrent, tuèrent un grand nombre de prêtres. Il fallut mettre le camp devant la ville pendant 12 jours et forcèrent les autres à repartir (travaux d'une conférence de paléographie à l'institut catholique de Toulouse publiés par Mgr Douais, 1892, N XXXVIII : attestation des méfaits des protestants faite le 5 juin 1963 devant Gabriel de MYNUT, sénéchal, par Amiel de FERRANDIER, syndic du pays de Rouergue). Sans doute à cause de ce traitement, par trop brutal, le protestantisme ne paraît pas s'être implanté à Villeneuve.

En 1655, pour arrêter les ravages que la peste faisait sur les animaux, les consuls firent le vu de faire relever la chapelle St Roch, d'y faire dire une messe tous les ans et les paroissiens s'engagèrent à faire bénir leurs animaux le 16 août à Villeneuve ; on fait bénir aussi les fourrages, du vin, etc. (Sans exception, les habitants de nos campagnes sont catholiques mais plus ou moins fervents. Rares sont les hommes qui n'assistent pas régulièrement à la messe du dimanche. Quant aux vêpres, rares sont ceux qui y assistent. Les chantres même s'absentent, et il n'est pas rare qu'elles ne soient pas chantées. Ceux qui n'assistent pas à la messe sont mésestimés du reste de la population.

Marques religieuse : elles abondent dans les maisons. Les dessus de cheminées sont garnis de crucifix, de statuettes (vierge, St Joseph). Le mur est tapissé d'images coloriées (Notre Dame de Lourde, de Livron, de Rocamadour, etc.)

On fait encore actuellement dire des messes pour les animaux.

(Extrait de " L'art, la littérature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve " Enquête de Julien en 1900, pages 163-165, des " Enquêtes folklorique en Rouergue " imprimé à Rodez en 1958.)