LE FOIN A VILLENEUVE
 

 Il y a ici deux sortes de fourrage : artificiels et naturels ; les premiers sont formés par la luzerne, le trèfle et le sainfoin ; les autres sont formés par l'herbe des prairies naturelles. (Pour en former de nouvelles, on se contente, selon CALMETTES, de répandre en grande quantité des détritus de meules de foin). La luzerne est appelée " sonfouen ". Le sainfoin est appelé " luzerno ". Le trèfle n'est connu dans la commune de Villeneuve que depuis 1830 à 1840. Ce fut un certain MURET qui l'introduisit dans une de ses fermes située non loin de FARROU.
On coupe le foin en juin avec " lo daille " ou " sego ". L'action de faucher s'appelle " sega ". On tire vers soi le manche de la faux au lieu de le pousser, et pour se faire, la partie formant, un angle droit dite " monillo guerlho " est tournée dans le même sens que la faux. A chaque coup de faux l'herbe se réunit en " rens " (rangs). On l'étend, avec la fourche, cette action s'appelle " fenetcha " ; on la ramasse avec le râteau dit " rastel ". Les fourches anciennes façonnées à la ferme et pliées à la chaleur du four le jour de la cuisson du pain. La recherche des formes propices avait lieu en émondant les arbres (CALMETTES ,p18). Les faucheuses mécaniques se multiplient depuis une dizaine d'années (CALMETTES, p 28), on réunit le foin en longues et épaisses rangées qu'on appelle " borelos ". Quand il est trop sec ou que le temps menace, on en fait des tas coniques, dits " feniés " (feniesses, abbé CANCE), on le charge sur des chars, on le serre avec une corde au moyen d'une poulie placée dans un morceau de bois ou simplement avec un morceau de bois percé de deux trous qu'on appelle " corello " (fig 1) (quelquefois on fait une baguette à la corde pour servir de " correlo ") et ensuite on le rentre dans la grange.
La rentrée des foins est très pénible à cause de l'éloignement des prairies naturelles (elles sont à trois ou quatre kilomètres de Villeneuve). Le regain s'appelle " lou bouriou ", on le coupe à la fin août ou au commencement de septembre. Lorsque le foin a été mouillé, on dit " es issogat ".

Nom des divers parties de la faux (fig2)
A - daille ou sego (tranchant)
B - biro (douille de la faux)
C - monille guerilho (poignée formant une equerre)
D - monille drecho (poignée droite au bout du manche. La monille drecho se trouve quelquefois tournée en sens contraire)
E - faou margue (l'ensemble de tout le manche) On aiquise la faux en la martelant sur une petite enclume enfoncée dans le sol. Le tranchant est redressé avec une pierre à aiguiser (" cout ") enfoncée dans un étui en bois (coudié) porté à la ceinture.

  (Extrait de " L'art, la litterature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve ". Enquête de Julien en 1900, pages 53 à 54 des " Enquêtes flokloriques en Rouergue " imp Carrère, Rodez 1958 ou du T27 des MSLSAA)