Son nom - Ses armes - Son surnom "La Cremade" - Sa forme, son plan - Sa fondation
 

   Son nom. Quel sens peut-on donner à ce nom de Ville-Neuve ?
D'une manière générale, on donne à ce mot la signification de " communauté urbaine privilégiée " La fondation d'une telle communauté, en effet, était accompagnée de concessions de " franchises " pour attirer les habitants dans la localité nouvellement créée. Une ville pouvait être déclarée " franche ", " libre ", " neuve ", après avoir été créée d'un seuil coup et de toutes pièces, dans un endroit inhabité jusque là. Une localité déjà existante pouvait être considérablement agrandie et subitement peuplée. Dans les deux cas, une publication de franchise et de peuplement était faite et la localité devenait un asile sûr. Villeneuve fut fondée au XIe siècle, comme les plus anciennes fondations qui portent nom de " franches sauvetés, neuves ". Villeneuve de signifie donc pas toujours " ville nouvelle " mais libre ou neuve des charges ordinaires, en raison des privilèges particuliers accordés à ses habitants. En effet un irrésistible mouvement d'émancipation communale se fit jour dès le XIe siècle, animé par l'église en la personne de ses Evêques et de ses religieux, se développa puissamment pendant trois siècles et atteint son apogée au XIVe siècle sous Philippe IV, le Bel, roi de France.
Après ces notions sommaires mais nécessaires sur le sens du nom de " Villeneuve ", signalons pour mémoire les diverses appellations de notre ville, au cours de l'histoire.
- Villenoeufve-en-Rouergue : Villa nova Ruthenorum.
- Villeneuve la Royale, en 1333, par Hugues CANAC, notaire à Villeneuve : Villenova regia, senescale Ruthene.
- Villa nova ou Vila nove.
- Viela nova, Villenove et même " la Viela ".
- Viala nova, selon le cadastre de 1462.
- Villenove senescalie Ruthen en 1518 par François 1er.
- La villa de Villenoba, dans le cadastre de 1602.
- En 1790 : Villeneuve-en-Rouergue est devenue Villeneuve d'Aveyron.
- De nos jours, on l'appelle Villeneuve tout court.

Ses armes.
Villeneuve a ses armes : " De Gueules à la croix cléchée, vidée et pommelée de douze pièces d'or, avec un Chef de France qui est : d'azur avec trois fleurs de lys d'or, toutes trois rangées ". Nous retrouverons ces armoiries quand nous visiterons en détail l'intérieur de l'église. Plus tard, on y ajouta la fière devise : " Deus Noster Refugium ", " Notre Dieu est notre refuge ". Cette devise date de 1584. Elle est inscrite et parfaitement conservée sur une pierre de taille de la maison CONNES-SOULIE, sur la façade sud. Elle s'explique fort bien. Après les assauts dangereux que Villeneuve dut subir au XIVe siècle de la part des anglais et par 2 fois au XVIe siècle de la part des Calvinistes, la cité délivrée voulut marquer officiellement sa fidélité inébranlable à la foi de ses aïeux et sur l'instigation de 4 consuls fit graver sur la pierre la devise " Deus Noster Refugium 1584 " ainsi que les noms consulaires : J de Rouget, J ROUQUIER, A DEJEAN, E MOULY.

Son surnom " La Cremade ".
Cette épithète patois signifie " brûlée ". Ce titre ne paraît pas être très ancien, puisqu'on ne le rencontre pour la première fois qu'au XVIIIe siècle, à l'occasion d'une dispense de parenté accordée par Mgr Tourouvre, évêque de Rodez en 1732. En 1771, le curé de Septfond, dans un rapport adresse à Mgr Champion de Cicé, donne à Villeneuve le surnom de " La Cremade ". En 1789, les trois ordres réunis à Villefranche élisent les députés aux Etat Généraux du royaume et le procès verbal de l'Assemblée porte les noms de MIQUEL, CHALRET, MOLINIER et DELBREUIL, représentants du Tiers-Etat de la commune de " Villeneuve - Cremade ". Aurait-elle été détruite par un incendie ? C'est probable. Ainsi que nous allons le voir, Villeneuve fut de fait assiégée, prise et saccagée par les Anglais au XIVe siècle et par les Calvinistes au XVIe siècle ; Sans doute on ne trouve pas aujourd'hui de traces d'embrasement général mais la communauté a pu fort bien réparer immédiatement le désastre surtout si ce désastre fut partiel. Ce surnom lui viendrait simplement, selon la tradition, de sa situation géographique même. Bâtie sur un sol ingrat et aride, frappée par les rayons du soleil, elle offre l'aspect, surtout en été, d'une terre " cramée ", brûlée. Ce qualificatif peut encore être la conséquence d'une confusion ou d'un simple rapprochement. Il existe en effet, une Villeneuve la Cremade tout près de Béziers, et on a pu fort aisément, quoique gratuitement, donner à notre ville une épithète qui appartenait exclusivement à celle de l'Hérault. Enfin, quelques esprits malins prétendent, selon la tradition toujours, que ce surnom lui aurait été donné en signe de mépris, par les habitants de Villefranche, sa rivale, qui, à maintes occasions, jeta des regards d'envie sur Villeneuve, ainsi que nous le signalons dans le chapitre de l'Hôpital.


Sa forme, son plan.
Généralement, la construction d'une cité était faite sur un terrain minutieusement choisi et d'après son plan soigneusement étudié et conçu. Le territoire était divisé en 3 portions. La première était réservée aux constructions ; la deuxième aux jardins et la troisième aux terres réparties en lots égaux. La cité avait une figure quadrilatère, avec des rues droites et coupées en angle droit. C'est bien le cas de Villeneuve. Au centre était prévue la place principale pour les marchés ainsi que la maison de ville. Pour assurer sa protection contre des invasions possibles, la ville était entourée de palissades. Peu à peu cette ceinture fragile fut remplacée par des remparts solides et des fossés profonds. (J'ai connu les derniers qui ont étés comblés il y a environ 20 ans me semble-t-il). Enfin l'accès de la ville n'était possible que pas 4 portes fortifiées. Villeneuve correspond bien à ces caractéristiques essentielles.

Sa fondation
De belles pages des annales de Villeneuve sont inscrites sur les murs de l'église de la ville, mais ces vestiges ne sont pas suffisants pour dater d'une manière sérieuse et certaine l'époque de sa fondation ; Villeneuve est une cité du moyen age. Il paraît possible de la préciser avec certitude. Ici, comme en bien d'autre domaine, nous avons nos légendes et des hypothèses ont été émises. Elles ne paraissent guère reposer sur des documents sérieux. Nous en citerons quelques-unes pour montrer précisément qu'elles ne méritent pas grand crédit. Dans les annales de Villefranche, il est fait état d'une donation consentie à l'abbaye de St PONS de TOMIERE par un certain ATON, vicomte d'Albi, de tout ce qu'il possédait sur le territoire de " Villeneuve et de ses environs ". Cet acte date de l'an 942. Il est bien authentique mais ne concerne nullement notre cité. Il s'agit là d'une villa sise sur la paroisse de St Maurice de Sorgues, district de Camarés : " in parochia sancti Mauritii, in vicaria Camarensi… " Enfin Mr l'abbé DELOUS, ancien curé de Villeneuve se faisant l'écho d'une certaine opinion populaire, pense qu'il existait une première ville sur l'emplacement de Notre Dame de Joie, " si on en juge, dit-il, par les restes de ruines que les charrues découvraient de son temps, sur les terrains avoisinant ce sanctuaire ". Après l'exposé sommaire de ces hypothèses ou de ces légendes, voici la véritable thèse. Nous sommes sur un terrain solide quand nous affirmons que Villeneuve a été fondée au XIe siècle, puisque le monastère et l'église romane remontent d'une manière irréfutable à cette époque. On imagine aisément que les habitants se seraient tout naturellement groupés autour de ce monastère et de son église et qu'ils aient bâti, peu à peu, sous la vigoureuse impulsion des religieux, des consuls et des notables la cité telle que nous la voyons aujourd'hui dans ses lignes essentielles. Voici le document capital sur lequel repose la certitude de la fondation du monastère entre 1046 et 1061, par Pierre BERANGER de Narbonne, évêque de Rodez.
" Note au sujet de la concession du droit de péage ou telonium (taxe sur les marchandises et donc les évêques, les seigneurs ou les rois se réservaient la moitié des droits), au monastère du St Sépulcre de Villeneuve, par Pierre Béranger, évêque de Rodez, qui en fut le fondateur… "Tous les Chrétiens et en particulier les moines actuels et ceux de demain, doivent savoir que Pierre Béranger évêque de Rodez est le fondateur et le gardien du monastère de Villeneuve, construit en l'honneur de Dieu et de son St Sépulcre et place sous la dépendance de l'abbaye de Moissac… ". Lorsque le monastère fut fondé, le dit évêque établit, en cette ville, un marché (ou foire) afin qu'elle se peuplât et prospérât peu à peu. Le même évêque se réserva la moitié des droits qu'on percevait sur les marchandises et demeura libre de revendiquer ses droits s'il le jugeait à propos. En fait, il ne fit jamais valoir ses droits. " Mais DEODAT, prieur de ce nouveau monastère ayant assemblé ses amis et ses familiers et leur ayant exposé qu'il était dangereux que ce droit ne passât aux successeurs de Pierre BERANGER, décida de supplier cet évêque de renoncer à tous ses droits en faveur de l'église de Villeneuve, de son prieur et de ses successeurs. Ce qu'il fit ; Outre cela, il accorda au prieur DEODAT et à ses successeurs que toutes les fois que l'évêque de Rodez " assemblerait les communes "
(assembler les communes, communias facere : faire les corvées collectives, d'après certain ; service de l'association de Paix, plus vraisemblablement. Cette formule signifierait : service commun pour la paix. Etaient exempts de ce service ceux qui étaient employés à bâtir l'église ou les édifices de la ville) selon la coutume du pays, le prieur pouvait obliger les habitants et les cultivateurs des environs à venir lui prêter main forte c'est à dire à la construction de l'église et des autres édifices de la ville pendant toute la durée de " l'assemblée des communes ".
Après l'examen attentif du document de première valeur dont nous venons de donner copie, il est légitime de conclure : 1er Que le Monastère de Villeneuve fut fondé sous l'épiscopat de Pierre Béranger, évêque de Rodez et par lui-même ; 2e Que l'église romane fut bâtie à la même époque par les habitants de Villeneuve et les cultivateurs des environs ; 3e Que les habitants se groupèrent autour du monastère et de l'église, comme se groupent instinctivement les enfants autour de leur mère.


 

Extrait de Villeneuve la Crémade. Cité du moyen age, par l'abbé CANCE, curé doyen de Villeneuve.
Pages 22 à 28 Imprimé à Aurillac 16 juillet 1954 par imprimerie Poirier-Bottreau

 

 
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