LA MOISSON A VILLENEUVE
 

   On sème le blé à la fin d'octobre et au commencement de novembre. On sème à la volée, cette action s'appelle " cubri ". On le recouvre avec l'ancien araire ou avec la herse. La herse ancienne est toute en bois, elle a deux formes : triangulaire ou en forme de rectangle (fig 1 et 2). (Cadres avec une seule rangée de dents. Confirmé par CALMETTES (p18) : herses encore entièrement en bois dans le Causse. 32 pointes en fer pour les terres argilo-calcaires. La herse antique était fixée au milieu de l'un des cotés, l'actuelle est attachée à l'un des angles. Les herses articulées en fer sont à peu près inconnues). On laisse grandir le blé ; au printemps, quand il talle , on dit qu'il " gaïsso " ; quand il monte il faut le sarcler avec une " sooucletto " (fig 3), couteau tranchant des deux cotés (selon CALMETTES, on procède avec une petite fourche, " fourco dello ", tenue de la main gauche, qui sert à renverser la plante à couper. Une petite serpe, " poudet ", emmanchée d'un bâton tenu à la main droite, permet de couper les herbes folles, on coupe les chardons qu'on appelle des " trouncs ", on arrache à la main les mauvaises herbes. Celles qu'on arrache sont l'ivraie ou " birago ", la nielle ou " remountorou ", la vesce, etc…
Quand le blé est mur, on le coupe avec la faucille " boulon ", chaque moissonneur prend un sillon ou " escallo " (le premier à ouvrir l'escalo " est le chef de la troupe, " lou coulié ", dont le salaire est sensiblement supérieur. Le maître surveille le travail et repasse tour à tour la faucille de chacun. Pour faire oublier la fatigue et la chaleur caniculaire, maintes chansons sont entonnées, notamment " lo morio motolèno ". On mange la soupe entre 7 et 8 heures, à midi le déjeuner, " desporti ", à 4 heures le goûter (salade), la nuit venue, le souper. Chaque demi-heure circule la cruche, la " dourno ", " lou roussignoulet ", renfermant de la piquette fraîche. CALMETTES), il le met en javelles ou " gobelos ", puis on le lie en gerbes avec des liens faits toujours en paille de seigle, l'outil ou morceau de bois pointu qui sert à serrer la lien, s'applelle " liodou " (le liage se fait généralement le soir. Quand la javelle est trop sèche, on le remet au matin pour que le blé tombe moins. Selon CANCE, les vieux se souviennent qu'en fin de moisson on " cernait le lièvre " et qu'en coupant les derniers épis on lui coupait les pattes, il y a 30 ans environ).
Tas de gerbes:
On réunit les gerbes en moyettes ou " crouzels " de 12 à 14 gerbes. Les moyettes de 12 gerbes sont disposées en croix avec les épis tournés au centre. Celles de 14, sont faites de la manière suivante : on en place deux à terre en regard l'une de l'autre, sur ces deux on place une première couche de trois de chaque coté de manière que l'épis repose sur les deux premières et le talon à terre, sur cette couche, on en place une deuxième de deux de chaque coté, les deux qui restent seront placées sur la deuxième couche comme couronnement. (Selon l'abbé CANCE : les " crouzels " étaient formées de 15 gerbes, 3 au centre, dressées épis en l'air, et quatre cornes de trois gerbes chacune. Il se souvient du bouquet de moisson, qui existait dans son enfance , vers 1910 ; Pourtant, nos anciens témoins n'en parlent pas). Avant 1789, les moyettes avaient onze gerbes, la dîme était perçue sur la onzième gerbe (titre ancien) Quand le blé est atteint de la rouille on dit qu'il est " monat ", quand il est charbonné on dit : " es couat " (couvé). Forme des meules. L'action de ramasser les gerbes pour en faire un gerbier s'appelle " corretcha ". Le gerbier s'appelle " lou plounchou " ; le gerbier en forme ovale s'appelle " garbiera ". On fait ici les deux formes. Quand le gerbier est rond, on le termine par une gerbe dont le talon est tourné vers le ciel ; (Selon CALMETTES, c'est la forme qui préserve le mieux le grain ; On en fait aussi en forme d'une épaisse muraille, plus large à la base qu'au sommet. Les gerbes de l'intérieur sont applélées " far " (farcis). Les plus longues sont à la base, le meilleurs grain au milieu).
On loue les moissonneurs, à Villeneuve, trois fois par semaine (et aussi à Martiel et à la Capelle Balaguier. Là des centaines de moissonneurs sont dès l'aube sur la place publique, leur faucille sur l'épaule entourée de la blouse, le tranchant reposant sur du bois. Certains ont deux faucilles de grandeur différentes ; selon la force des blés, l'une ou l'autre sera employée. Un mouchoir de couleur renferme quelques habits de rechange ; les souliers sur l'épaule, des pantoufles au pieds, voilà ces hommes et ces femmes venus du Tarn et Garonne, de Caussade notamment, ou la moisson est déjà terminée (CALMETTES). Ces louées sont très anciennes ; elles ont lieu le dimanche soir et le lundi matin ; le mercredi et le vendredi, jusqu'à 7 heures, à ce moment la gendarmerie fait vider la place. En 1756, un moissonneur gagnait 8 à 10 sous par jour et la nourriture. Aujourd'hui, on compte en moyenne 3 francs par jours. Les moissonneurs ont toujours couché dans les granges. Autrefois les gens nécessiteux allaient moissonner hors de chez eux, ils commençaient dans le Tarn-et-Garonne aux environs de Caux, remontaient ici puis allaient à Rodez et quelquefois même jusque dans la Lozère. La moissonneuse tend à remplacer l'ouvrier, il y en a plus de quinze dans la commune de Villeneuve.

(Extrait de " L'art, la litterature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve ". Enquête de Julien en 1900, pages 212 à 214 des " Enquêtes flokloriques en Rouergue " imp Carrère, Rodez 1958 ou du T27 des MSLSAA)