SUPERSTITION POUR LE MARIAGE A VILLENEUVE
 

  Le jeune homme ou la jeune fille qui désirait vivement contracter mariage devait porter sur eux l'herbe de matagot dont la propriété spéciale était de développer les inclinations matrimoniales ou pour reproduire le langage du pays " de faire courir les filles après les garçons ".

Quand une jeune fille désirait épouser un jeune homme, si elle pouvait lui mettre dans son chapeau, son mouchoir ou un de ses habits, une branche de l'herbe de matagot, celle ci suffirait pour l'obliger à la demander en mariage et vice versa pour le jeune homme qui aurait désiré épouser une jeune fille selon son cur.

L'herbe de matagot est une plante de la famille des composées, la pulicaire ou l'herbe saint Roch. (Il s'agit bel et bien de la fameuse "mandragore" des sorciers. La coutume était connue en Auvergne. (Van Gennep, Manuel, I 1er partie, page 240.))

D'autre adressent des demandes à saint Antoine de Padoue, font dire des messes pour que la Vierge leur envoie des époux, elles consultent les sorcières appelées ici " los ormotieïros ".

Quand une fille n'est pas mariée à 25 ans, on dit qu'elle a coiffé Sainte Catherine

Quand un des deux époux fait un mauvais mariage, on dit : " saouto dela lou po " (il saute par-dessus le pain).

Si la jeune fille prend un individu méchant ou paresseux, on dit : " ne montchoro de la graisso dè gorric sus los esquinos " (elle mangera de la graisse de chèvre sur l'échine. " Douro la fon prêt dels els, a pas fenit de plouro ol bres " (elle aura sa fontaine près de ses yeux (pleurs), elle n'a pas fini de pleurer un berceau).

Les murs anciennes sur les mésalliances se sont modifiées ; le temps ou les rois épousaient des bergères n'est pas encore revenu, mais on voit assez souvent des garçons ou des jeunes filles épouser un parti de rang inférieur au leur.

Pour connaître si 2 amoureux s'aiment bien il faut leur faire sauter " lou brosuguet ", les feuilles du buis, la veille ou le jour de l'Epiphanie sur la pierre chaude du foyer. On enlève les cendres et on jette sur la partie chauffée des feuilles vertes de buis. Sous l'action de la chaleur, elles éclatent en s'élevant un peu en l'air. Si elles éclatent et sautent nombreuses, l'amour sera vivace, dans le cas contraire, il n'est que passager ;

Pour s'assurer si une jeune fille se mariera bientôt, il faut lancer en l'air le fruit du buis ; si il tombe sur ses trois proéminences et se maintient droit, le mariage n'est pas éloigné.

On effeuille encore la marguerite en disant : " je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, à la folie des folies, pas du tout ". Le dernier pétale indique le degré d'amour.

Il est d'usage que les parents des deux futurs conjoints visitent avant le mariage, leurs biens respectifs ; on appelle cette visite " faïre bistaillos ", (les premiers repas chez les beaux-parents sont préparés avec de la graisse vieille, rance, témoigne d'une famille aisée dans nos campagnes ( CALMETTES )).

En entrant à l'église, le jour du mariage, le garçon d'honneur enlevait à la mariée une jarretière, si elle ne donnait pas un bout de ruban rouge.

Autrefois, le curé faisait réciter dans l'église, devant tous les invités, le chapitre du mariage aux 2 futurs ; il prononce, aux mariages des familles aisées seulement, une courte allocution.

Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, l'église fit précéder chaque mariage de 3 publications ; à ce moment les gens de haute condition obtinrent, en payant, la dispense de 2 ; peu à peu le peuple en fit autant ; On peut dire que vers le milieu du XVIIe siècle, on ne publiait chaque mariage qu'une fois.

Il était d'usage dans tous les mariages de tirer, en signe de réjouissance, des coups de fusils ou de pistolets. Cette habitude a cessé depuis 40 ou 50 ans.

La jeune mariée portait autrefois avec elle une armoire remplie de linge et d'habits dont la valeur était spécifiée dans le contrat de mariage. La provision de linge est aujourd'hui moins considérable.

Le prétendu d'une jeune fille s'appelle " lou pierrés " ; presque toutes se choisissent " un pierrés " de fort bonne heure, vers 12 ou 15 ans.

(Extrait de " L'art, la littérature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve " de Julien en 1900, pages 144-146, des enquêtes folkloriques en Rouergue, imprimé à rodez en 1958 ou du tome 27 des MSLSAA)