A VILLENEUVE
 

  

Quoique cet article ne soit pas porté au canevas, il me semble qu’il doit être traité pour montrer par des exemples les milles vexations dont le pauvre roturier était victime de la part des gens de guerre.

Presque tous les ans depuis l’ordonnance de Poitiers de 1651, une compagnie de cavalerie venait hiverner à Villeneuve. Elle était logée chez les habitants et ceux-ci devaient à chaque soldat la chandelle et le feu.

Les soldats rançonnaient les paysans de toutes les manières, ils pillaient leurs provisions, buvaient leur vin, mettait la brouille dans le ménage.

Pour faire cesser ces désordres, les Consuls, en 1717, louèrent une maison pour servir de caserne.

En 16378, les fruits de domaine de Douniou, appartenant à Mme Marguerite de Balaguier, seigneuresse de Montsalès, etc, devaient être saisis. Quand les huissiers se présentèrent, 15 soldats armés les mitraillèrent et les forcèrent à repartir.

« Le 1er octobre 1652, Guillaume Costes de Calsanel, métayer de Me Criquet, archer, décéda d’un coup de pistolet par les cavaliers du baron de La Capelle, lotgés sans ordre au village du Caussanel et fust meurtri le samedi sur la nuit d’un bras et la balle du pistolet s’arrêta dans les reins… »

En 1654, 8 compagnies d’infanterie et 8 compagnies de cavalerie, de passage, logèrent à Villeneuve. Les 8 compagnies d’infanterie logèrent dans la ville, les autres n’eurent pas de place, elles se répandirent dans les campagnes et ses saisirent de quelques villages, pour les en faire déloger, les Consuls furent obligés de traiter avec eux et de donner à leur officier 700 livres (acte de notaire).

En 1664, Cancé, marchand de Villeneuve, âgé de 30 ans fut tué par un soldat, en un pré, près du village du Brouillou (Meravilles, aujourd’hui).

En 1735, les cavaliers hivernant à Villeneuve dégradèrent la haute tour.

En 1751, les Consuls se plaignirent que les dragons de la compagnie logée à Villeneuve, avaient commis des désordres, blessés plusieurs personnes, fourragés les jardins, empruntés dans les cabarets ; ces soldats étaient soutenus par les officiers.

D’autre fois ils prenaient parti pour tel ou tel , suivant qu’on leur payait à boire.

Ces actes trouvés par hasard ça et là ne peuvent guère que ,nous donner une idée du mal que faisaient les gens de guerre, (en opposition, la note de Calmettes ; le costume militaire a toujours été admiré dans nos campagnes. Les jeunes soldats arrivés au régiment s’empressent d’envoyer leur photographie embellie à leur plus chers amis. Ce portrait colorié est encadré et précieusement conservé sur la cheminée ou sur le parement intérieur de la porte de l’armoire. Grande est la joie du soldat de revenir au pays habillé militairement de pieds en cap ; à lui l’honneur de passer pour un joli soldat (un « poulit souldat »), un homme bien bâti (un « poulit homé »).

Une différence notable dans le savoir-vivre s’observe entre l’ancien militaire et le laboureur qui n’a pas quitté son sillon.

 

  (Extrait de « l’art, la littérature et les traditions populaires dans la commune de Villeneuve » par JULIEN en 1900, pages 142 à 143 des « Enquêtes folkloriques en Rouergue » imp à Rodez en 1958 ou du T27 des MSLSAA)